Il y a des jours où la coupe déborde. Où tu sens la rage monter, pas forcément pour une seule raison, mais pour ce millefeuille de petites humiliations, d’inégalités, de petites phrases qu’on avale depuis trop longtemps.
Et parfois, ce dont tu as besoin, ce n’est pas d’un mantra de “pensées positives”, mais d’une voix qui crie avec toi.
Voici 10 chansons féministes à dominante rock à écouter quand tu veux sentir que tu n’es pas seul·e, que ta colère a du sens, et qu’elle peut même devenir une force.
Bikini Kill – Suck My Left One
Si tu dois commencer quelque part quand tu veux comprendre la colère féministe, commence ici. Kathleen Hanna ne chante pas : elle accuse, elle tranche, elle expose. Suck My Left One parle des violences faites aux filles, du dégoût, de l’injustice, et du refus de se taire.
Tu sens la guitare qui grince, la voix qui déraille, l’urgence des paroles. Bikini Kill pose les mots que trop de femmes n’ont jamais su dire à voix haute. Écouter ce morceau, c’est un peu comme trouver une sœur d’âme qui gueule ce que tu n’arrivais plus à formuler. Qu’est-ce qu’on aime Kathleen, rien que pour ça.
Bratmobile – Cool Schmool
Ici, la colère prend une autre forme : la lassitude d’être jugée, scrutée, évaluée en permanence. Cool Schmool parle de la pression sociale, de la conformité, des attentes impossibles. Allison Wolfe t’offre une bouffée d’oxygène punk : c’est rapide, c’est bancal, c’est parfait. Tu sens qu’on t’autorise enfin à t’en foutre — vraiment.
Si tu es au bord du burn-out émotionnel, cette chanson te rappelle que tu n’as pas à “être cool” pour personne.
St. Vincent – Hang On Me
St. Vincent n’a pas besoin d’hurler pour exprimer la fatigue. Dans Hang On Me, il y a cette fatigue des relations toxiques, ce mélange de vulnérabilité et de résilience. Le morceau n’est pas punk mais il a la même force : celle de dire “j’existe encore, même en pièces, même abîmée”.
Sa voix douce posée sur un instrumental pesant te donne accès à une autre forme de colère : celle qui ne s’entend pas, mais qui t’habite à l’intérieur.
Petrol Girls – Touch Me Again
Là, tu rentres dans le dur. Petrol Girls est un groupe punk féministe européen, frontal, engagé, féroce. Touch Me Again est un cri contre les agressions sexistes, contre les mains posées sans consentement, contre toutes ces violences banalisées.
La chanteuse Ren Aldridge hurle la rage d’en avoir marre de devoir se défendre, de devoir justifier ton espace vital. Besoin d’un exutoire? C’est ici.
PJ Harvey – Man-Size
PJ Harvey entre dans ce top sans grosse surprise. Dans Man-Size, elle chante qu’elle veut être “grande comme un homme”, mais tu comprends immédiatement que ce n’est pas une imitation — c’est une dénonciation. Sa voix râpeuse, les percussions… c’est dérangeant, volontairement. PJ Harvey met à nu la construction du genre et le carcan dans lequel on enferme les femmes. C’est du rock brut, sans maquillage. C’est ce qu’il te faut.
Kiki Rockwell – Burn Your Village
Un coup de coeur. Kiki Rockwell, artiste néo-zélandaise queer, mélange folk sombre et fureur (plus ou moins) contenue. Burn Your Village sonne comme une fable de vengeance féminine, un mythe ancien réécrit par celles qu’on appelait sorcières. C’est énigmatique, envoûtant, presque chamanique. Quand tu l’écoutes, tu sens monter une puissance colérique. « Touche-moi encore et je te couperai la main, il y a des choses que tu ne comprendras jamais. Tu ne danses pas chaque jour avec la peur. » Suivant!
Skunk Anansie – Yes It’s Fucking Political
Skin, femme noire, queer, frontwoman d’un groupe rock britannique dans les années 90 : son existence même était politique. Dans cette chanson, elle répond à tous ceux qui disent que “le rock ne doit pas parler de politique”. Elle martèle : “si, c’est politique, évidemment que c’est politique, comment tu peux penser l’inverse ?” La rage, ici, est intellectuelle, lucide, tranchante. Un classique.
Alanis Morissette – Right Through You
Tu connais sûrement You Oughta Know, mais Right Through You, c’est une autre pépite cachée dans le même album. Alanis y raconte les producteurs, les hommes de pouvoir, les manipulateurs qui lui parlaient comme à une enfant. Elle leur chante leur hypocrisie, leur condescendance, leur double discours. Écouter ce morceau, c’est reconnaître toutes les fois où quelqu’un t’a regardé sans vraiment te voir, t’a parlé sans t’écouter, sans te considérer.
L7 – Pretend We’re Dead
Derrière ce refrain presque pop se cache un manifeste politique. L7 s’attaque à l’apathie générale, au désengagement, au refus de regarder les injustices en face. C’est aussi l’un des titres les plus emblématiques du riot grrrl, mené par quatre femmes qui ont imposé un son sans jamais s’excuser. Quand tu as envie de dire au monde “réveille-toi bordel”, c’est parfait.
Hole – Asking For It
Probablement l’une des chansons les plus dures de ce top. Courtney Love parle ici d’agression sexuelle, de consentement, du regard du public, de la manière dont les femmes sont jugées quoi qu’elles fassent. C’est vulnérable, déchirant, mais aussi rempli d’une force noire, d’une volonté de ne plus jamais laisser quelqu’un définir ton corps à ta place. Un morceau essentiel, pour comprendre ce que la rage féministe peut dire quand elle est à nu.